[[Nota bibliográfica]] Autor: [[]] MoC: [[--PSICOLOGIA]] %%img a "localizar" con el plugin Local Images y luego |300%% *** ##### . %%Por qué esete libro%% Este libro me # El libro en 3 ideas - - - # El libro en 3 citas >*«»* >*«»* >*«»* # Resumen # Notas ## Chapitre I. PORTRAITS ### #### Location 178 >*C’est un choix rare en littérature. Alors que les romans écrits du point de vue de la victime abondent, ceux qui se situent dans la tête du bourreau sont peu nombreux, surtout dans la veine réaliste. Avec une précision cependant : ce choix est rare en ce qui concerne les viols d’enfants. En effet, pour tous les autres crimes, on est souvent mis du côté du criminel. On s’imagine volontiers le voleur, le traître, l’assassin même. Le tabou, dans notre culture, ce n’est pas le viol lui-même, qui est pratiqué partout, c’est d’en parler, de l’envisager, de l’analyser. Mon beau-père n’a jamais prononcé le mot viol.* ### [[Lolita et la fausse histoire d'amour]] ![[Lolita et la fausse histoire d'amour#.]] #### Location 248 >*Il y a des lecteurs, même de grands lecteurs, et je veux dire par là des gens dont c’est le métier, qui ne se laissent pas facilement duper, comme Maurice Couturier ou Mary Gaitskill, qui pensent que Lolita est quand même une histoire d’amour, d’autant plus brûlante qu’elle se construit sur un interdit. Un amour retors et condamné mais de l’amour tout de même. Ça semble un peu étrange de pouvoir dire ça encore aujourd’hui. Une histoire d’amour, c’est censé être au moins à deux. Or dans Lolita, Humbert est seul à ressentir ce qu’il ressent. Aimer sans être aimé en retour, désirer sans être désiré en retour, prodiguer des caresses sans consentement, comment est-ce que ça peut mener à une histoire d’amour ? Le narrateur est seul tout le long, avec son désir, son obsession, sa compulsion.* ### [[L'écriture d'un traume est deja sortir un peu de de lui]] ![[L'écriture d'un traume est deja sortir un peu de de lui#.]] #### Location 829 >*Pourtant il est vrai que, dès qu’on peut parler du traumatisme, c’est qu’on est déjà un peu sauvé. Cela ne veut pas dire que ce soit la parole ou la littérature qui réalise la thérapie. Au contraire, l’écriture ne peut advenir que quand le travail, une partie du travail, a été fait, ce morceau de travail qui consiste à sortir du tunnel. On n’écrit pas avec ses névroses, comme le dit Deleuze. La névrose, la psychose ne sont pas des passages de vie, mais des états dans lesquels on tombe quand le processus est interrompu, empêché, colmaté. La maladie n’est pas processus, mais arrêt du processus. Finalement, la fameuse phrase d’Artaud (citée par tout le monde, à toutes les sauces), celle qui dit que nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer, est peut-être une scandaleuse méprise. En réalité c’est l’inverse qui se produit, c’est-à-dire que celui qui écrit, dessine, etc. est déjà de fait sorti de l’enfer, c’est justement pour ça qu’il peut écrire. Car quand on est en enfer, on n’écrit pas, on ne raconte rien, on n’invente pas non plus, on est juste trop occupé à être dans l’enfer.* ### [[On demande jamais à un enfant battu s'il a eu mal]] ![[On demande jamais à un enfant battu s'il a eu mal#.]] #### Location 1455 >*Est-ce qu’on demande à un enfant battu s’il a eu mal ? Pourquoi demande-t-on à un enfant violé s’il a eu du plaisir ? Un enfant battu est humilié par les coups, un enfant violé par les caresses. Ce sont des stratégies d’humiliation dans les deux cas. L’inceste est un déni de filiation, qui passe par l’asservissement de l’enfant à la satisfaction sexuelle du père. Ou d’un personnage puissant de la famille. Savoir qu’il est asservi, humilié, déclassé, que sa vie est foutue, et son avenir en danger, quel plaisir un enfant peut éprouver à ça ?* ### #### Location 1459 >*ChrIstine angot* ### Un enfant il n'atteint pas à la poignée de la porte du consentement #### Location 1476 >*C’est toujours grand ouvert chez un enfant. Un enfant ne peut pas ouvrir ou fermer la porte du consentement. Il n’atteint pas cette poignée. Elle n’est simplement pas à sa portée. Il y a des victimes adultes qui n’atteignent pas la poignée non plus, car elles sont à terre, elles marchent à quatre pattes depuis trop longtemps ou sont sous emprise ou d’autres circonstances comme celles-là.* ### La prison empire la situation du déténu #### Location 1558 >*J’avais lu des textes de Michel Foucault. Je pense que la prison aliène les détenus et ne les prépare pas à se réinsérer dans la société. Elle les rend plus dangereux en coupant leurs liens sociaux et en les victimisant, ce qui donne de l’eau à leur moulin de vengeance narcissique.* ## Chapitre II. FANTÔMES ### Le viol est un acte de pouvoir Il s'agit de l'oprression, d'une manifestation de pouvoir et humiliation, de puissance et de colère #### Location 1655 >*Comme on l’a dit, le viol est davantage une question de pouvoir que de sexe.* ### #### Location 1657 >*Nicolas Estano, psychologue clinicien expert auprès de la cour d’appel de Paris, explique que le viol, plutôt qu’être principalement l’expression d’un désir sexuel, est en fait l’utilisation de la sexualité afin d’exprimer ces questions de la puissance ou de la colère. Il est ainsi un acte pseudo-sexuel, un ensemble de comportements sexuels ayant plus à voir avec le statut, l’hostilité, le contrôle, la domination qu’avec la sensualité ou la satisfaction sexuelle.* ### L'humain fait du mail parce qu'il peut faire du mal #### Location 1957 >*À la question de savoir pourquoi les soldats commettaient les pires exactions sur les sites de conflits, j’ai entendu une fois un grand historien spécialiste des deux guerres mondiales répondre : parce qu’ils le peuvent. C’est une réponse qui pourrait n’avoir l’air de rien mais il disait cela avec une mélancolie profonde, résultat d’une vie de recherches sur la guerre, le mal, la violence. Ils violent parce qu’ils peuvent, parce que la société leur donne cette possibilité, parce qu’on leur a donné l’autorisation, et que quand un homme a la permission de violer, il viole. Comme si le mal était une potentialité toujours présente en nous et que, dans les conditions de possibilité de barbarie, la barbarie se manifeste automatiquement. C’est ça, le théâtre de la cruauté.* ### [[Les adversités de l'enfance sont la source de problèmes adultes.]] ![[Les adversités de l'enfance sont la source de problèmes adultes.#.]] #### Location 1990 >*Dès les années 1990, des études pilotes ont montré le lien de cause à effet non seulement sur des problèmes de santé liés à des conduites toxiques mais aussi sur d’autres symptômes sans lien apparent. L’explication logique consistait à dire que la maltraitance conduisait à la dépression et à l’incapacité à prendre soin de soi-même, ce qui justifiait une mauvaise alimentation, des comportements à risque, des addictions et pour finir des pathologies liées à cette mauvaise hygiène de vie. Cependant, de nombreux patients n’étaient pas dans ce cas, ne fumaient ni ne buvaient et ne venaient pas de classes sociales défavorisées. Le chaînon manquant est arrivé plus tard, avec le développement des neurosciences qui montrent comment le traumatisme affecte la production d’hormones, le circuit neuronal, et finalement le système immunitaire et jusqu’à l’ADN. Une recherche sur les expériences de l’adversité dans l’enfance (Adverse Childhood Experience, connue sous l’acronyme ACE dans le milieu) a été le déclencheur d’une nouvelle manière d’aborder le problème. À partir d’un questionnaire qui recense différentes sources de difficultés vécues dans l’enfance (violences, abandon, perte d’un parent, etc.), on peut mettre en relation ces expériences avec la santé physique et mentale des personnes plus tard dans l’âge adulte. Plus le score ACE est haut, plus graves sont les conséquences, sur presque tous les plans, depuis les comportements addictifs jusqu’aux maladies chroniques. Comparée à une population qui a un historique sans ACE, ceux qui ont un score de 4 ou plus ont deux fois plus de chances de fumer, sept fois plus de devenir alcooliques, six fois plus d’avoir une relation sexuelle avant l’âge de quinze ans. Ils ont deux fois plus de chances d’avoir un cancer, deux fois plus une maladie cardiaque, quatre fois plus d’avoir un emphysème ou une bronchite chronique. Les adultes avec un score ACE de 4 ou plus ont douze fois plus de chances d’avoir commis une tentative de suicide que ceux qui ont un score de 0. Et les hommes qui ont un score de 6 ou plus ont quarante-sept fois plus de chances de consommer des drogues dures que ceux qui ont un score nul. (The New Yorker, « The Poverty Clinic »)* ### [[L’important n’est pas ce qu’on fait de nous]] ![[L’important n’est pas ce qu’on fait de nous#.]] #### Location 2045 >*J’aurais pu reprendre à mon compte la belle phrase de Sartre dans son livre sur Genet que [[Didier Eribon]] a élue comme principe d’existence : L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous.* ### [[Polinisation aléatoire plutôt que réproduction racinaire]] ![[Polinisation aléatoire plutôt que réproduction racinaire#.]] #### Location 2173 >*Mes propos seront interprétés, déformés, délirés. Ils se combineront avec d’autres idées. C’est la seule façon qu’a la pensée de se reproduire vraiment, pas par rhizome ni racine mais par une pollinisation aléatoire.* > ### #### Location 2188 >*Qu’est-ce qui a changé pour que je change d’idée ? Peut-être le simple fait que je sois passée de l’autre côté, je ne suis plus la petite fille vulnérable que j’étais, c’est mon tour désormais de protéger.* ### [[En devenant parent on revit son enfance]] ![[En devenant parent on revit son enfance#.]] #### Location 2243 >*Il y a des gens qui disent qu’en devenant parent on revit son enfance, on se donne une nouvelle chance d’entrer dans ce pays qu’est l’enfance. On nous recommande aussi de ne pas nous projeter excessivement sur nos enfants. Ça les ferait souffrir. Ça leur enlèverait la liberté d’être eux-mêmes. Vos enfants ne sont pas vos enfants, etc.* ### [[Voir le visible et aussi invisible]] ![[Voir le visible et aussi invisible#.]] #### Location 2412 >*Mon autre sœur et mon frère sont restés. Qu’est-ce qu’ils voient quand ils regardent la maison où leur père m’a violée ? Elle a été vendue, ils ont hérité d’un garage à côté de la maison, qu’ils ont aménagé en petit appartement. Ma sœur y a vécu longtemps. Dans son bout de jardin, elle avait mis une minuscule table et des chaises. Derrière la haie, la maison de son enfance, de nos enfances. Qu’est-ce qu’elle voyait ? Est-ce qu’elle avait été capable de rajouter de la vie dans ces lieux, de peindre avec des couleurs par-dessus le noir de la mort qui pour moi continue à défigurer tout le paysage ? Ou est-ce qu’elle acceptait de vivre avec cette mort, la regardant en face, de l’autre côté de la haie, chaque matin ? Quand on arrive dans un lieu inconnu on ne voit que le visible. Dans un lieu qu’on connaît on voit les deux, le visible et l’invisible. Ce qu’il n’y a plus, ce qu’on nous a raconté sur les lieux, les légendes, les expériences attachées à chaque recoin. Bernardo Atxaga raconte l’histoire d’un étranger qui s’installe dans un village et devient ami avec des paysans du coin. Un jour, alors qu’ils sont tous trois sur une colline qui surplombe un plateau, assis sur un muret, l’étranger discute avec deux gars du village de la nature particulière de ce qu’ils voient en dessous, dans la plaine qui s’étend sous leurs yeux. Un des deux vieux paysans dit au narrateur qu’il a beau être malin comme un lapin, il ne peut pas voir dans ce paysage autant de choses que ce qu’il voit lui. L’étranger a la vague sensation qu’il a raison, sans comprendre vraiment. Il demande au paysan de lui expliquer pourquoi il dit cela. – Parce que vous ne voyez que ce qu’il y a. Au contraire, moi, je vois ce qu’il y a et ce qu’il n’y a pas. Le villageois donne alors l’exemple d’un chemin qui traverse la plaine en contrebas et disparaît au loin. Il sait où mène ce chemin, et quand il le voit, il pense au village où il mène, et en y pensant, il voit ce village, sa fontaine et ses vieilles maisons. Et il va plus loin dans son raisonnement pour expliquer la différence entre ce que perçoit quelqu’un qui a passé sa vie dans un même endroit et quelqu’un qui arrive de l’extérieur. Un villageois comme lui perçoit le passé à travers chaque lieu, chaque ruine, chaque arbre qu’il croise. – Quand je vois ces arbres, je revois en même temps les fêtes que nous faisions dans notre jeunesse. Je revois les filles, les garçons, Benito et moi. Non pas avec notre triste allure d’aujourd’hui, mais avec la prestance de nos vingt ans et nos chemises blanches qui étincelaient. Ne trouvez-vous pas ça merveilleux ? Et vous, vous trouvez ça merveilleux ? Ça dépend. Ça dépend du genre de choses invisibles qui se voient au travers du visible.* ### #### Location 2630 >*Vous êtes bien d’accord pour affirmer que si Nabokov racontait son histoire personnelle transformée en roman par l’utilisation de pseudonymes, du style et quelques fioritures, ce serait un peu problématique ? Est-ce que le livre serait littérairement toujours valable s’il s’agissait de l’expérience de l’auteur et d’une petite fille qu’il aurait vraiment connue et abusée ? Faire de la beauté avec l’horreur, est-ce que ce n’est pas tout simplement faire de l’horreur ? Dans ce cas-là l’un ne va pas sans l’autre. Esthétiser la violence, prendre le lecteur en otage par la terreur, cela me semble être une faute artistique.* ### [[La limite de nos deux plusieurs mondes]] ![[La limite de nos deux plusieurs mondes#.]] #### Location 2799 >*Voici donc, sous la plume de Mary Gaitskill, un homme d’une quarantaine d’années qui nous raconte qu’il se fait du souci pour son fils de treize ans qui passe son temps à regarder des films gores et à jouer à des jeux vidéo de meurtre. Il a remarqué comment une sensation électrique parcourt son garçon quand il est face à des scènes de violence. Ce n’est pas simplement qu’il l’a remarqué mais il reconnaît cette sensation, il sait comment elle est, puisqu’il l’a longtemps ressentie lui-même. Il la ressent encore mais il a appris à la dominer. Il nous raconte quand ça a commencé, au début de son adolescence, crescendo, depuis la fascination morbide pour l’ultraviolence jusqu’au jour où il a failli passer à l’acte.* ### #### Location 2822 >*Puis, un jour, il se retrouve en possession d’une arme. Il se met à faire du stop. Il est pris en voiture par une femme qu’il oblige, en la menaçant avec l’arme, à prendre la direction d’une maison abandonnée où il a l’idée de la tuer. Le monde normal et l’autre lieu étaient en train de devenir le même monde, de manière à la fois rapide et lente, comme un accident de voiture est à la fois rapide et lent.* ### #### Location 2837 >*Le monde normal et l’autre lieu étaient en train de devenir le même monde. Pendant un instant ça semble possible, ça semble même inévitable, puisque tout a conduit jusqu’à cet instant. Puis soudain, ça semble infranchissable. Il n’ira pas plus loin. Il comprend aussi, obscurément, qu’il n’est pas le seul à connaître « l’autre côté ». J’ai réalisé après qu’elle fut partie qu’elle aurait pu appeler la police, mais je sentais au fond de mes tripes qu’elle ne le ferait pas – dans l’autre lieu il n’y a pas de police, et c’est de là qu’elle venait.* ### #### Location 2850 >*Quelque part en lui, il y a l’autre lieu. C’est calme pour l’instant, mais je sais que c’est là. Je sais aussi qu’il ne sera pas seul avec ça. Il ne saura pas que je suis là avec lui, car nous n’évoquerons jamais le sujet. Mais je serai là. Il ne sera pas seul avec ça. Il ne sera pas seul avec ça. Chaque fois que je relis ce final, je pleure. Il ne dira pas à son fils qu’il sera à ses côtés pour lutter contre cette chose innommable qui les habite. Mais il sera là. Il s’en fait la promesse. Il nous la fait à nous, inconnus dépositaires de cette étrange confession. Ce qui me fait pleurer, je crois, c’est la possibilité de cette autre dimension invisible qui n’est plus cette fois menace et horreur mais une dimension d’amour.* ### #### Location 2879 >*L’ignorer ou l’oublier n’est pas une option, car plus on le fuit, plus vite il vous rattrape. Mais on peut se maintenir au bord sans y pénétrer. Apprendre à rester sur le seuil de ce monde, voilà le défi, marcher comme des funambules sur le fil de nos destinées. Trébucher mais, encore une fois, ne pas tomber. Ne pas tomber. Ne pas tomber.*