Corriger met mal à l’aise. Pourtant, sans correction, aucun progrès réel n’est possible. Je travaille très souvent au bureau. Travailler sur place rapproche de ces moments discrets qui n’existent presque jamais en télétravail (bien que le télétravail a des autres points positifs) J’ai observé une scène simple : Un collègue expérimenté parlait avec un collègue plus jeune. Devant l’écran, le senior pointait un détail précis sur un plan. Le junior écoutait. La correction arrivait calmement, sans dureté, sans hausser la voix, avec des arguments clairs et un ton posé. Et pourtant, quelque chose a changé dans la pièce. Rien de spectaculaire. Mais suffisamment pour qu’on le ressente. Je me suis demandé pourquoi corriger provoque cela, et comme plusieurs fois quand j'ai une question et je ne sais pas par où commencer la recherche de la réponse, j'ai repris un dictionnaire (ou je visite le cnrtl): Le mot "corriger" vient du latin _corrigere_. Le préfixe "con-" signifie "avec", "ensemble". Le verbe _regere_ signifie "diriger", "guider". Corriger ne signifie donc pas signaler une erreur depuis une position supérieure. Corriger signifie littéralement ***guider avec quelqu’un***. Deux personnes, une direction, un chemin partagé. [[Géographie de parcours intérieur]] Dans cette étymologie se cache une idée profondément généreuse que nos pratiques quotidiennes oublient souvent. Une personne plus expérimentée, ce que la tradition japonaise nomme "[[sensei]]", (littéralement "celui qui est né avant"), n’impose pas une vérité: Il indique une direction. Elle accompagne sur un chemin (le "do", la voie, pour les orientaux) sans jamais prétendre le parcourir à la place de l’autre. Car la correction, lorsqu’elle est honnête, est une forme de **soin porté à l’autre**. Elle exprime le désir sincère de voir quelqu’un progresser et aller plus loin. Bien sûr, il existe aussi une autre forme de correction. Celle qui sert à démontrer un pouvoir. Celle qui met en scène celui qui sait, qui corrige pour avoir le dernier mot. La frontière entre les deux n’est pas toujours simple à distinguer. Mais il existe une correction précieuse qui mérite d’être défendue. Je pense souvent que le **critère**, (cette qualité difficile à enseigner et pourtant si souvent invoquée), ne se construit jamais seul. Il se forme dans le frottement des regards, dans la friction honnête avec quelqu’un qui voit ce que nous ne voyons pas. La correction, Voici pour moi la valeur la plus importante de ces moments "d'atelier", si courantes en école d'architecture (ou dans certaines agences). Nous avons besoin d’être corrigés. En tant que concepteurs, dans la vie étudiante , dans la vie professionnelle. Sans correction, il n’y a pas d’affinement possible. Il n’y a que la répétition confortable de nos propres erreurs, parfois déguisées en style personnel. C'est un "exercise musculaire du cerveau", car nous n'aprennons pas uniquement avec la tête. Pourtant, beaucoup d’organisations ont construit des environnements où corriger devient inconfortable. Des réunions où personne ne dit vraiment ce qu’il pense pour ne pas blesser. Des sessions de feedback où tout est positif et rien n’est réellement critiqué. Dans ces cultures, la bienveillance se confond avec le silence. Et l’amabilité avec l’évitement. [[Apprendre avec le bon mood]] Alors la correction arrive tard. Trop tard. Chargée de tensions accumulées, elle ne ressemble plus à un geste de soin, mais à un règlement de comptes. Peut-être devrions-nous réapprendre ce que corriger voulait dire au départ: Guider ensemble.